vendredi 15 août 2014

Le prologue de l'Aventure

15 aout.
Échéance de la rentrée dans 19 jours. Déménagement dans 13 jours.
La fébrilité et l'angoisse, l'expectation et le doute.
J'abandonne la province pour rejoindre Paris et l'une de ses meilleures prépas. Les félicitations qui me tombent dessus par intermittence me gênent... je n'ai rien fait encore que suivre indolemment le cours du fleuve du lycée.
En ces chaudes vacances je montre donc un sourire brave, voire insolent, et je me plains à outrance de la liste de lecture estivale, façon fanfaronne de cacher que cette sombre énumération de titres m'angoisse, comme un fil de laine qui me gratterait sous mes vêtements (notez l'élégance de la comparaison). Jamais je ne lirai tout. Est-ce une manière sadique du lycée de nous avertir de notre vie future : toujours grapinant désespérément ces petits mots minuscules, ces fourmis d'encre, et jamais n'atteignant le bout du travail ? C'est beau, cette conception de la littérature. Beau mais fastidieux.
Bon, ça ira mieux quand j'aurai fini ce bouquin de Freud que je lis pour la philo "l'interprétation du rêve", m'étonnant à chaque seconde du fossé entre la longueur interminable de ce bouquin et les éparts éléments fourrables dans une réflexion philosophique que j'y trouve. Alors qu'il y a tant d'autres choses à lire ! Alors que ce sont mes dernières semaines de liberté !

Enfin, je n'ai rien à exprimer, rien à ajouter, qui n'ait été longuement développé dans tous ces blogs d'hypokhâgneux en herbe.

Si, une chose : j'ai quand même une année d'enseignement supérieur dans les pattes ! Bilan très mitigé... cette année en fac d'allemand m'a donné, en général, la bizarre impression que comme on est des grands, on pourrait, devrait, faire des prodiges d'apprentissages (d'autant qu'avec seulement 20h de cours, on a le temps de flâner à la BU!), mais que malgré tout on en attend peu de nous. Des devoirs réguliers, comme au lycée, m'ont personnellement plus incitée à un travail de "lycéenne" : je fais mes exercices, j'apprends le vocabulaire, je révise mes cours - et puis basta ; à l'exception notable des cours magistraux de civilisation, où la prof, passionnante, évoquait tant de choses dans ses cours que j'ai passé des heures dans des bouquins à chercher des précisions. Mais dans l'ensemble, je constate que nous étions tous de gentils petits élèves type "lycée", et point encore les chercheurs de thèse assoiffés auxquels j'aimerais ressembler. Oui, je crois vraiment avoir besoin d'être bousculée, violentée même, pour donner le meilleur de moi-même. C'est triste mais vrai. Et encore, quand je vois la proportion d'assiduité dans ma promo et dans certains cours, je me sens assez fière de mon sérieux ! Voilà donc mon petit bagage "extra"... bien piètre à vrai dire, quand on considère qu'il s'agit d'une année entière ! Piètre aussi quand je me dis que j'ai appris peu de choses pouvant me servir l'année prochaine, enfin je crois.
Cela dit, il y a aussi tout le cadre de l'étudiant type qui m'a permis de bien grandir : l'indépendance, la liberté, la responsabilité. Des amis, étudiants plus âgés, qui m'ont fait découvrir que oui, je pouvais avoir une vie sociale... je pense avoir muri, me connaître mieux... c'est déjà ça de gagné !
Fin du bilan.

Je vais retourner lire mes livres et faire des fiches, et apprendre les conjugaisons de latin, et écouter des émissions sur la littérature sur france culture.
Non, je déconne. Je vais aller procrastiner et culpabiliser. Au moins, je sais que je ne suis pas la seule future prépa à le faire.


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